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mardi 31 mars 2026

Service militerre

 

 

 La campagne de recrutement pour le nouveau service militaire volontaire est lancée. La ministre des armées, Catherine Vautrin, accompagnée des chefs d’état-major, a tenu une conférence de presse pour détailler les modalités de participation au nouveau service militaire national pour mieux préparer sa retraite.  

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« À bas le service militaire, vive le service militerre »

Funeste entreprise que d’apprendre aux jeunes à manier les armes. Dans cette chronique, Laure Noualhat plaide pour un service « militerre » : face au chaos, mieux vaut pousser une « génération low-tech, poétique et désobéissante ».

Laure Noualhat est journaliste et collabore régulièrement avec Reporterre. Elle est l’autrice de plusieurs livres dont Bifurquer par temps incertains (éd. Tana, 2023) et Le nucléaire va ruiner la France (éd. Seuil/Reporterre, 2025).



Tu n’aimes pas le futur nouveau service militaire ? Moi je propose qu’on phosphore sur un « service militerre », un rite de passage qui ne glorifie pas la conquête, mais la cohabitation intelligente avec le vivant et qui cherche à armer les générations qui vivront dans le chaos à venir avec un peu d’aplomb.

Une certaine jeunesse ne veut plus servir un modèle qui s’effondre, ni aligner sa respiration sur celles des tambours militaires, mais sur le cycle des saisons et le bruit du vent dans les arbres. Alors pourquoi ne pas travailler à une alternative ? Un « service militerre » où pendant six mois, garçons, filles — et tous ceux qui ne rentrent pas dans ces cases ! — apprendraient à distinguer une terre fertile d’une terre stérilisée par les engrais chimiques, à cultiver ce qu’ils mangeraient vraiment, à réparer au lieu de remplacer, à survivre plusieurs nuits dehors, sans wifi ni panique, à coder en open-source parce que la liberté numérique commence par la transparence, à crocheter une serrure pour comprendre ce que le mot « accès » veut dire, et à tirer à l’arc — non pour blesser, mais pour retrouver l’alignement entre le corps, l’intuition et le monde.

Il n’y aurait pas de casernes (d’ailleurs nombre d’entre elles ont été transformées en écoquartiers depuis la RGPP de 2008 [1], ah ah ah !) mais des champs-écoles, des forêts pédagogiques, des ateliers de mécanique, des hangars coopératifs d’outils.

Pourquoi ne pas fantasmer une génération low-tech ?

On y cultiverait aussi des choses qu’on ne sait plus nommer dans les politiques publiques : la lenteur, la débrouille, la responsabilité partagée, la fragilité assumée, la codécision. Face à la montée des crises — eau, énergie, climat, sol — est-ce que la compétence clef, c’est vraiment de savoir faire un salut réglementaire devant un drapeau ? Ou de savoir faire tenir debout un potager, un groupe humain et un moteur fatigué ?

Vous me direz : « Ben, tu n’inventes rien, il existe le service civique, un service national non militaire, un engagement citoyen sans armes pour des dizaines de milliers de jeunes. » Certes, mais il vit ses derniers moments. Emmanuel Macron le tient en si belle estime qu’il l’étrangle ! Son enveloppe budgétaire vient d’être réduite de 20 %, soit 114 millions d’euros ! Dans le fameux « en même temps », Macron proclame la renaissance du service militaire. Pfff, quel manque d’imagination tout de même...

Lire aussi : « Macron prépare la militarisation de la société »

Le vrai défi n’est pas militaire. Il est militerrien. Ce siècle a-t-il vraiment besoin d’armées qui protègent ce qui reste du monde ancien, ou de communautés capables de le réinventer ? Pourquoi ne pas fantasmer une génération low-tech, poétique et désobéissante, qui sait lire un paysage, fabriquer des objets, négocier un désaccord, tendre un arc ou une main... Et qui regarde le pouvoir droit dans les yeux en disant : « On ne défendra plus ton monde. On construira le nôtre. »

Un corps de terriens ingouvernables

Ce ne serait pas une armée mais un corps de terriens ingouvernables et responsables — une milice du vivre. Pas pour marcher en rang mais pour habiter la Terre en conscience.

Le service militerre s’afficherait comme une préparation pragmatique et holistique à un monde particulièrement incertain et instable. Parce qu’en vérité, le soldat du futur n’est ni un poitrail musclé, ni un marche-au-pas synchronisé mais un humain informé, doté de jugement, de ressources techniques et émotionnelles. Pourquoi ne pas voir le service militerre comme un creuset d’aptitudes low-tech (bois, terre, moteurs réparables), mid-tech (mécanique, hydraulique, coopératives d’outils), high-tech (cyberdéfense, IA libre, cryptographie, systèmes autonomes) ? »

On me rétorquera : « Enfin, Laure, on n’est pas seuls sur cette planète ! Poutine, Trump, Xi… Tu les as oubliés ?! Le monde est dangereux, il faut s’armer, se défendre, se préparer au combat réel ! » Oui, il y a un réel et des puissances qui testent nos failles. Mais quand on me parle de guerre moderne, je vois des drones autonomes, des campagnes de désinformation, du hacking de satellites, des concentrations de césium dans les sols et des microcharges nucléaires tactiques. À part sur ce dernier point, la guerre a déjà commencé !

« Répondre à leur monde par des uniformes, c’est rater l’époque »

Le plus ironique ? Ceux qui réclament une jeunesse « prête à se battre » font mine d’ignorer que le combat est déjà là — dans le front invisible de l’attention, de l’information, des bases de données, de la stabilité du réseau électrique et, bien sûr et de plus longue date, dans la destruction concertée de nos écosystèmes. Même l’un des papas d’Internet, Vinton Cerf, préconise un programme citoyen pour armer des générations d’e-troupes ! « Pour ne pas être dépassés par les menaces numériques, il faut entretenir cette immunité — pourquoi pas dès la jeunesse, dans un programme citoyen. »

Oui, la menace est réelle.

Oui, Poutine existe. Trump existe. Xi existe.

Mais répondre à leur monde par des uniformes et le maniement des armes, c’est rater l’époque (ou reproduire l’ancienne !). Il faut leur opposer une génération capable d’habiter le réel, avec un pied dans l’humus et un pied dans le code. Une génération qui manie à la fois le tournevis et le pare-feu informatique, la bêche et l’algorithme, la flèche et la fibre optique.

Et surtout : une génération qui pense. Parce qu’aucun missile n’est plus dangereux qu’un peuple qui ne réfléchit plus.



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