Peut-on rire de la folie du monde ? Dans La vie est une fête, la sulfureuse compagnie Les Chiens de Navarre plonge le public dans les urgences psychiatriques d’une France à bout de nerfs. Un théâtre truculent, aussi dévastateur que salutaire !
Ça commence comme une séance de l’Assemblée nationale, dans la confusion et le chaos des invectives. Puis le rideau rouge tombe, et l’on bascule dans un hôpital psychiatrique en déliquescence — terrain de jeu idéal pour la troupe la plus indomptable du théâtre français.
Et si nos souffrances ne tenaient pas seulement à nos histoires personnelles, mais à l’état général du monde ? Politiques démagogues, start-up vampirisantes, médecine à l’agonie, violences sociales accumulées… ces déclencheurs de crises collectives finissent par s’incarner dans des individus ordinaires, à bout, menés jusqu’aux urgences psychiatriques — cet endroit rare qui reçoit tout le monde, sans exception d’âge, de sexe ou de condition.
Les Chiens de Navarre construisent leurs créations sans texte préexistant : les acteurs explorent, proposent, écrivent à même le plateau au fil des répétitions. Ce travail collectif et instinctif aboutit à une forme vivante qui conserve toute l’énergie brute de sa fabrication. Chaque spectacle scrute les déraillements de la société à la loupe, avec un humour ravageur… Souvent caustique, toujours débordant, l’art des Chiens de Navarre déclenche des émotions fortes dans un style politiquement très incorrect !
Fondée en 2005 par Jean-Christophe Meurisse — par ailleurs réalisateur des films Apnée, Oranges sanguines et Les pistolets en plastique —, la compagnie a imposé depuis vingt ans une façon de faire du théâtre résolument libertaire, trash et tendre à la fois. Un théâtre qui dérange, réveille et ne laisse personne indifférent. Compagnie majeure du théâtre français, Les Chiens de Navarre ont remporté le Molière du meilleur spectacle de théâtre public en 2026 pour I Will Survive.
Ticket d'entrée pour la 5ème édition du festival le plus décrié par l'état français .
Résumé de 40 ans d'histoire du projet...
La lutte continue -plus que jamais- partout en France et en
Europe contre l'impasse nucléaire, pour la protection de nos ressources
naturelles, pour le respect du vivant et pour un futur meilleur et
apaisé. Le nucléaire et les grands projets inutiles et imposés, c'est
"Ni ici, Ni ailleurs".
Ces Bleus-là font encore trembler la planète : voici l’équipe de France des ennemis de l’écologie
Patrick Pouyanné, Arnaud Rousseau, Emmanuel
Macron... Alors que la Coupe du monde de football touche à sa fin,
Reporterre a composé son équipe de France des ennemis de l’écologie.
Qui de l’Espagne ou de l’Argentine remportera la Coupe du monde de football 2026 ?
Verdict dimanche 19 juillet, au terme d’une finale opposant les
champions d’Europe et les champions du monde en titre. Avant que ne soit
sifflé le coup d’envoi, Reporterre vous dévoile son « 11 type ».
Quésaco ? Chez nos confrères et
consœurs journalistes sportifs, le 11 type est un format courant.
L’objectif est simple : composer une équipe fictive en piochant chez les
différents participants les meilleurs joueurs d’une compétition.
Attention ! On ne prétend pas avoir à Reporterre
les compétences pour départager Lionel Messi de Lamine Yamal… En
revanche, vous offrir la composition – non exhaustive – des onze pires
ennemis de l’écologie, ça, c’est dans nos cordes. Donald Trump, Javier
Milei, Elon Musk, Jeff Bezos et compagnie, ne nous en voulez pas ; vous avez toute votre place dans un 11 mondial, mais aujourd’hui, c’est une équipe de France que Reporterre a concocté.
Qui d’autre qu’un banquier pour encaisser les buts ? Jean-Laurent Bonnafé, chevalier de la Légion d’honneur, est le patron de BNP Paribas. Ce groupe est le soutien financier n °1 en Europe de l’expansion gazière et pétrolière. TotalEnergies, Chevron, ExxonMobil, Shell, BP… Il finance ces géants des fossiles à coups de dizaines de milliards d’euros, ce qui en fait tout simplement l’entreprise française la plus émettrice de gaz à effet de serre.
Son geste technique — Le greenwashing. Jean-Laurent Bonnafé est vice-président de l’Association des entreprises pour l’environnement, dont la « raison d’être » est : « Une seule planète et un monde prospère. »
Latéral gauche : Arnaud Rousseau
Arrivé dans l’équipe en 2023, Arnaud Rousseau est aujourd’hui un leader de vestiaire indiscutable. Président de la FNSEA, le syndicat agricole productiviste dominant, il prête aussi bien sa plume à Laurent Duplomb qu’aux élus du Rassemblement national et brille par son endurance. Dès que gronde la colère paysanne, il court les plateaux TV
et radio pour incarner la voix des agriculteurs. Seulement, à y
regarder de plus près, Arnaud Rousseau revêt plutôt l’habit de grand
patron. Outre la FNSEA, il est aux commandes
du groupe international d’agro-alimentaire Avril, dont le chiffre
d’affaires dépassait en 2025 8 milliards d’euros.
Son apport pour l’équipe — Il offre des oranges (pleines de pesticides) à la mi-temps.
Défenseur central : Patrick Pouyanné
Patrick Pouyanné, c’est le boss de la défense. Des tornades, il en a affronté, mais le PDG de TotalEnergies a toujours maintenu son cap envers et surtout contre tous : l’extraction des fossiles. Dans un rapport publié en 2021,
Oxfam révélait que le géant français des hydrocarbures émettait plus de
gaz à effet de serre que… la France. Une performance de haut vol, mais
son patron refuse de se reposer sur ses lauriers : en septembre, il a
annoncé vouloir augmenter sa production de pétrole et de gaz de 4 % par an d’ici à 2030, à contre-courant de toutes les recommandations scientifiques.
Sa stratégie — S’adapter à n’importe quelle attaque. En pleine guerre au Moyen-Orient, ses bénéfices ont bondi de 51 %. Les supporters de l’équipe adverse parleront sûrement de « profits de guerre indécents ».
Son prédécesseur déchu — Bruno Lafont, titulaire indiscutable de 2007 à 2015, a écopé d’un sacré carton rouge en avril. L’ex-PDG de Lafarge a été condamné à six ans de prison
pour avoir versé des millions d’euros à des groupes rebelles
djihadistes, dont Daech, afin de maintenir son activité en Syrie dans
les années 2010. Il a fait appel de cette condamnation.
Latéral droit : Pascal Praud
Des 11 types, il en a dessiné un paquet. De 1988 jusqu’au début des
années 2010, Pascal Praud travaillait dans l’univers du foot, tantôt
comme chroniqueur sur TF1 aux côtés de Thierry
Roland, tantôt comme chargé de la communication et du marketing du
Football Club de Nantes. S’il n’avait pas abandonné cette casquette pour
s’improviser analyste politique, sans doute n’aurait-il pas intégré
cette équipe. Seulement, depuis qu’il est aux manettes de l’émission « L’Heure des pros »,
sur CNews, le Nantais s’affaire à banaliser l’extrême droite et le
climatoscepticisme. Pas plus tard que le 21 mai, alors qu’un épisode de
chaleur millénaire frappait l’Hexagone, l’animateur niait encore le
consensus scientifique. Ne vous tracassez pas à jeter un coup d’œil à la
chaîne : Reporterre l’a fait pour vous.
Son petit plus — Peut faire office de brasseur d’air dans le vestiaire.
Milieu défensif : Pierre-Édouard Stérin
Rouage indispensable de l’équipe, Pierre-Édouard Stérin tire les ficelles dans l’ombre. Le milieu de terrain affiche un profil complet : ultraconservateur anti-IVG, admirateur de Donald Trump, exilé fiscal assumé et devenu milliardaire en lançant en 2003 les coffrets cadeaux Smartbox. Inconnu au bataillon jusqu’en 2025, il s’est rapidement imposé comme LE promoteur et financeur de l’extrême droite française.
Son geste technique — Les passes décisives à Marine Le Pen.
Milieu gauche : Laurent Duplomb
Le sénateur républicain de la Haute-Loire, encore inconnu du grand
public il y a peu, a signé une année fracassante. À l’origine de la controversée loi qui porte son nom, il s’est fait retoquer par le Conseil constitutionnel en août 2025 sur la réautorisation de l’acétamipride. Solide sur ses appuis, il n’a rien lâché pour revenir à la charge en transformant le projet de loi d’urgence agricole en loi Duplomb 2,
dont la version approuvée en commission mixte paritaire valide le
retour de l’acétamipride et renforce le contrôle des agriculteurs sur la
gestion de l’eau… Un bel exemple de persévérance.
Son coéquipier préféré — Le latéral gauche, Arnaud Rousseau, toujours là pour l’épauler… voire écrire à sa place les propositions de loi.
Milieu droit : Marine Le Pen
Jordan Bardella
ne quittera pas le banc de touche tout de suite. Dauphin de Marine Le
Pen, il attendait le 7 juillet avec impatience, doigts des mains et des
pieds croisés. Raté ! Si la cour d’appel de Paris a à nouveau jugé la députée du Pas-de-Calais coupable, elle reste malgré tout titulaire pour la compétition reine :
l’élection présidentielle. Pour nous, ça ne change pas grand-chose.
Au-delà de leur programme xénophobe, les deux veulent climatiser le
pays, démonter les éoliennes, soutenir les fossiles et rester muets sur
les ravages de l’agriculture productiviste.
Sa botte secrète — La feinte de corps pour esquiver le bracelet électronique.
Ailier gauche : Bernard Arnault
Emmanuel Besnier ou Bernard Arnault ?
La question a été difficile à trancher pour le poste d’ailier gauche. À
la tête du géant Lactalis, le premier est décrit par certains paysans
comme un véritable « prédateur ». La connexion avec Duplomb et Rousseau était donc toute trouvée. Seulement voilà, le multimilliardaire se montre trop discret. Reporterre a bien tenté de lui tendre le micro à la sortie d’une défaite cuisante en février 2024… mais rien à faire : nos questions sont restées sans réponse.
Résultat : c’est l’un des leaders du classement Forbes qui décroche son ticket pour ce 11 type. Bernard Arnault, PDG du groupe de luxe LVMH, est l’homme le plus riche de France. Notamment propriétaire des médias Les Échos, Le Parisien et Paris Match, il contrôle son image à la perfection et s’est même emparé en 2025 de la revue Sciences et avenir, au grand désarroi des salariés. Heureusement, des médias indépendants comme Reporterre sont là pour rappeler le palmarès du joueur. Dernière fulgurance en date : des millions d’euros dépensés pour retarder l’interdiction de vente de ses produits cancérogènes.
Sa stat’ délirante — Malgré ses 77 ans, Bernard Arnault rivalise en vitesse avec Kylian Mbappé, grâce à son jet privé hyperactif.
Ailier droit : Rodolphe Saadé
À peu de choses près, Rodolphe Saadé a des statistiques comparables à celles de Bernard Arnault. Patron de l’armateur CMACGM, il détient également BFM-TV, RMC, La Provence, ou encore La Tribune,
et partage avec son avant-centre, Emmanuel Macron, une passion pour
l’Olympique de Marseille, club qu’il sponsorise. Pour cela, il peut
aussi compter sur le ministère de la Transition écologique, qui, en
échange d’un chèque de 2 millions d’euros,
n’a pas hésité à faire figurer son groupe au cœur de sa communication à
l’occasion de l’Unoc, le sommet mondial pour les océans, aux côtés
d’associations écologistes comme Surfrider. Une sacrée feinte, alors que
le transport maritime est à l’origine d’autant d’émissions de gaz à
effet de serre que l’avion.
Son talon d’Achille — Le chant de supporters « On veut le blé de Saadé pour nos pépés ! »
Ça lui remémore une sale journée de 2023, en pleine lutte contre la
réforme des retraites, quand des ultras avaient bloqué son gratte-ciel
pour dénoncer ses superprofits.
Avant-centre : Emmanuel Macron
Comme le dit son idole, Kylian Mbappé, « tu m’parles pas d’âge ! » :
Emmanuel Macron a été désigné capitaine de son équipe à seulement
39 ans, devenant le plus jeune président de la République française.
Depuis, il enchaîne les performances et n’hésite pas à le faire
remarquer devant la presse : « Un gros travail [d’adaptation] a été fait et je pense que l’honnêteté conduit à le regarder », se félicitait-il le 25 juin, alors que l’Hexagone vivait la journée la plus chaude de son histoire.
Peut-être un petit passage chez l’opticien s’imposera-t-il pour
l’avant-centre. Car, à ce moment-là, les locataires cuisaient dans les
passoires thermiques, les écoles se transformaient en fournaises, les
villes en étuves et les élevages en cimetières géants. Une drôle
définition de l’adaptation !
La phrase qu’il ne pourra emprunter à Mbappé —« Vous êtes pas contents ? Triplé. » Car, d’ici dix mois, il rejoindra le banc de touche après deux mandats à l’Élysée.
Entraîneur : Vincent Bolloré
Qui mieux de Vincent Bolloré pour diriger cette équipe ? L’industriel d’extrême droite est à la tête d’un véritable empire médiatique et culturel. CNews, Canal+, Europe 1, Journal du dimanche… Il contrôle même les maisons d’édition Fayard et Hachette, pour le plus grand bonheur de Jordan Bardella, Philippe de Villiers, Nicolas Sarkozy et Éric Zemmour. Sa recette magique ?
Des discours de vestiaire réactionnaires sur l’immigration,
l’insécurité, le wokisme et la remise en cause de l’écologie. Et cette
diversion semble fonctionner puisqu’en mai, Reporterre a été convoqué et auditionné par le Sénat sur « les zones grises de l’information en ligne »… pendant qu’il continuait paisiblement d’agrandir son royaume.
Son défaut — Les contestations récurrentes auprès de l’arbitre, à coups de procédures-bâillons.
Le mardi 7 juillet , un vétéran de l'Alter Tour , parti de La Bastide de Sérou pour trouver l'ombre au bord de la rivière Ariège à Nescus ( distance 5 kms ) sur sa monture VAE , boucle l'étape en 16 minutes malgré la présence d'une pharmacie sur le trajet...
Le même jour les 184 coureurs du Tour de France s'élancent pour la 4ème étape Carcassonne à Foix (182 kms ) sous un cagna d'enfer ( près de 40° centigrades ) . Le premier de l'étape Pedersen " le fou " boucle le parcours en 4h.10mn.45s.
Décidément , coups de coeur cinéphiliques et films d'animation font bon ménage ces derniers temps.
Synopsis
Jim, icône sexy de la scène gay
parisienne, voit sa vie basculer lorsqu’il contracte l’Hétérose, un
étrange virus qui transforme les hommes gays… en hétérosexuels ! Il voit
alors tout le monde lui tourner le dos à l’exception de son dernier
follower (et premier a admirateur), Lucien, un jeune homme qui peine à
s’assumer. Ensemble, ils partiront en quête d’un mystérieux remède
capable de guérir Jim et d'empêcher l'extinction de l’homosexualité...
Considéré comme l'un des plus grand pianiste brésilien de sa génération , Ténorio Junior alors qu'il était en tournée à Buenos Aires avec Toquinho et Vinitius de Moraes est sorti un soir acheter des cigarettes et n'a jamais été revu,..
Ce superbe film de Fernando Truebal et Javier Mariscal part à sa recherche ...
Il y a là un chapiteau. Un chapiteau de cirque, rouge, au centre de la place du centre de la ville.
Dehors les tempêtes font rage, une lumière subsiste à l’intérieur.
Des gens de cirque se glissent sous la toile pour tenter d’échapper au monde, à l’absurde, à la guerre.
Ils y trouvent là une atmosphère particulière, une musique hors du temps
qui les embarque dans un autre monde, un monde lointain, appartenant au
souvenir du souvenir, peut-être d’un cirque, celui de notre enfance.
Clowns, acrobates, trapézistes, frissons, rire, musique et même un
orgue, tout y est et menace de faire craquer cet espace trop petit.
D’autant qu’à l’extérieur, le réel gronde…
Tous goûtent alors à cet instant qui, ils le savent, était déjà perdu ;
et celui à venir allait lui aussi à son tour disparaître dans le gouffre
du temps. Ils étaient bouleversés, pleurant déjà ces minutes
d’éternité.
Alors larme à l’œil, ils reprennent le travail, l’acrobatie, se tordent
le nez encore et encore, et se cognent à l’incrédule, à
l’incommensurable.
Les spectateurs sont là, coude à coude ; la rigolade, l’éclat, le
bizarre, le vertige, le surprenant, nous somment de rester en selle, et
de ne pas tomber.
Haut les cœurs ! Voilà le Cirque.
La campagne de recrutement pour le nouveau service militaire volontaire
est lancée. La ministre des armées, Catherine Vautrin, accompagnée des
chefs d’état-major, a tenu une conférence de presse pour détailler les
modalités de participation au nouveau service militaire national pour mieux préparer sa retraite.
La maison de retraite
Pendant ce temps d'irréductibles écoterroristes ...
«À bas le service militaire, vive le service militerre»
Funeste entreprise que d’apprendre aux jeunes à manier les armes. Dans cette chronique, Laure Noualhat plaide pour un service « militerre » : face au chaos, mieux vaut pousser une « génération low-tech, poétique et désobéissante ».
Tu n’aimes pas le futur nouveau service militaire ? Moi je propose qu’on phosphore sur un « service militerre »,
un rite de passage qui ne glorifie pas la conquête, mais la
cohabitation intelligente avec le vivant et qui cherche à armer les
générations qui vivront dans le chaos à venir avec un peu d’aplomb.
Une certaine jeunesse ne veut plus servir un modèle qui s’effondre,
ni aligner sa respiration sur celles des tambours militaires, mais sur
le cycle des saisons et le bruit du vent dans les arbres. Alors pourquoi
ne pas travailler à une alternative ? Un « service militerre » où pendant six mois, garçons, filles — et tous ceux qui ne rentrent pas dans ces cases !
— apprendraient à distinguer une terre fertile d’une terre stérilisée
par les engrais chimiques, à cultiver ce qu’ils mangeraient vraiment, à
réparer au lieu de remplacer, à survivre plusieurs nuits dehors, sans
wifi ni panique, à coder en open-source parce que la liberté numérique commence par la transparence, à crocheter une serrure pour comprendre ce que le mot « accès » veut dire, et à tirer à l’arc — non pour blesser, mais pour retrouver l’alignement entre le corps, l’intuition et le monde.
Il n’y aurait pas de casernes (d’ailleurs nombre d’entre elles ont été transformées en écoquartiers depuis la RGPP de 2008 [1], ah ah ah !) mais des champs-écoles, des forêts pédagogiques, des ateliers de mécanique, des hangars coopératifs d’outils.
Pourquoi ne pas fantasmer une génération low-tech ?
On y cultiverait aussi des choses qu’on ne sait plus nommer dans les
politiques publiques : la lenteur, la débrouille, la responsabilité
partagée, la fragilité assumée, la codécision. Face à la montée des
crises — eau, énergie, climat, sol — est-ce que la compétence clef,
c’est vraiment de savoir faire un salut réglementaire devant un drapeau ? Ou de savoir faire tenir debout un potager, un groupe humain et un moteur fatigué ?
Vous me direz : « Ben, tu
n’inventes rien, il existe le service civique, un service national non
militaire, un engagement citoyen sans armes pour des dizaines de
milliers de jeunes. » Certes, mais il vit ses derniers moments. Emmanuel Macron le tient en si belle estime qu’il l’étrangle ! Son enveloppe budgétaire vient d’être réduite de 20 %, soit 114 millions d’euros ! Dans le fameux « en même temps », Macron proclame la renaissance du service militaire. Pfff, quel manque d’imagination tout de même...
Le vrai défi n’est pas militaire. Il est militerrien. Ce siècle
a-t-il vraiment besoin d’armées qui protègent ce qui reste du monde
ancien, ou de communautés capables de le réinventer ? Pourquoi ne pas fantasmer une génération low-tech,
poétique et désobéissante, qui sait lire un paysage, fabriquer des
objets, négocier un désaccord, tendre un arc ou une main... Et qui
regarde le pouvoir droit dans les yeux en disant : « On ne défendra plus ton monde. On construira le nôtre. »
Un corps de terriens ingouvernables
Ce ne serait pas une armée mais un corps de terriens ingouvernables
et responsables — une milice du vivre. Pas pour marcher en rang mais
pour habiter la Terre en conscience.
Le service militerre s’afficherait comme une préparation pragmatique
et holistique à un monde particulièrement incertain et instable. Parce
qu’en vérité, le soldat du futur n’est ni un poitrail musclé, ni un
marche-au-pas synchronisé mais un humain informé, doté de jugement, de
ressources techniques et émotionnelles. Pourquoi ne pas voir le service
militerre comme un creuset d’aptitudes low-tech (bois, terre, moteurs
réparables), mid-tech (mécanique, hydraulique, coopératives d’outils),
high-tech (cyberdéfense, IA libre, cryptographie, systèmes autonomes) ? »
On me rétorquera : « Enfin, Laure, on n’est pas seuls sur cette planète ! Poutine, Trump, Xi… Tu les as oubliés ?! Le monde est dangereux, il faut s’armer, se défendre, se préparer au combat réel ! »
Oui, il y a un réel et des puissances qui testent nos failles. Mais
quand on me parle de guerre moderne, je vois des drones autonomes, des
campagnes de désinformation, du hacking de satellites, des
concentrations de césium dans les sols et des microcharges nucléaires
tactiques. À part sur ce dernier point, la guerre a déjà commencé !
« Répondre à leur monde par des uniformes, c’est rater l’époque »
Le plus ironique ? Ceux qui réclament une jeunesse « prête à se battre »
font mine d’ignorer que le combat est déjà là — dans le front invisible
de l’attention, de l’information, des bases de données, de la stabilité
du réseau électrique et, bien sûr et de plus longue date, dans la
destruction concertée de nos écosystèmes. Même l’un des papas
d’Internet, Vinton Cerf, préconise un programme citoyen pour armer des
générations d’e-troupes ! « Pour
ne pas être dépassés par les menaces numériques, il faut entretenir
cette immunité — pourquoi pas dès la jeunesse, dans un programme
citoyen. »
Oui, la menace est réelle.
Oui, Poutine existe. Trump existe. Xi existe.
Mais répondre à leur monde par des uniformes et le maniement des armes, c’est rater l’époque (ou reproduire l’ancienne !).
Il faut leur opposer une génération capable d’habiter le réel, avec un
pied dans l’humus et un pied dans le code. Une génération qui manie à la
fois le tournevis et le pare-feu informatique, la bêche et
l’algorithme, la flèche et la fibre optique.
Et surtout : une génération qui pense. Parce qu’aucun missile n’est plus dangereux qu’un peuple qui ne réfléchit plus.
Nous vous parlions il y a quelques mois du projet brillant du gouvernement de financer le programme EPR2 grâce à l’épargne des français placée sur des livrets A,
en majorité à la Caisse des dépôts et des consignations. Ce projet,
dans les tuyaux depuis déjà quelques années, semblait avancer à
l’automne 2025 avec l’accord de la CDC.
Dans une mise en scène jupitérienne qui le caractérise, le président a
annoncé la concrétisation de cette idée jeudi depuis Penly.
Rappelons que l’épargne placée sur des livrets A est censée financer
des projets d’intérêt public : construction de logements sociaux,
d’écoles, rénovations thermiques de bâtiments publics... Personne
n’a mis son argent sur un livret A en pensant qu’il allait financer les
usines de production d’électricité les plus dangereuses et les moins
démocratiques du territoire.
L’annonce du président a lieu le lendemain de la publication du rapport de Greenpeace
qui analyse les coûts du nouveau nucléaire français, l’ONG
internationale chiffre la relance du nucléaire de 380 à 650 milliards
d’euros, une bombe budgétaire qui ne pourrait même pas être couverte si
tous les fonds de tous les livrets A (environ 400 milliards d’euros)
étaient alloués au financement du nouveau nucléaire. Emmanuel Macron ne
nous fera pas oublier la folie budgétaire que représente ce programme de
relance du nucléaire. D’autant plus que l’avant veille du conseil de
politique nucléaire du 12 mars avait lieu le World Nuclear Summit durant
lequel notre président s’est plaint du manque d’intérêt des
investisseurs et prêteurs pour le nucléaire. Pas de soucis quand on
dirige le pays comme il le fait : l’État nucléaire réquisitionne
l’épargne populaire !
Nous vous appelions en 2023 à déclarer combien vous êtes prêts et prêtes à retirer de votre livret A
si le gouvernement menait à bien ce projet. Aujourd’hui après cet
énième signe que ce gouvernement agit en faisant fi de toute notion de
démocratie et de bon sens nous vous invitons à retirer vos fonds de
votre livret A. Il existe aujourd’hui des façons d’investir votre argent
sans qu’il ne finance ni des énergies fossiles ni les ambitions
nucléaristes de notre président.
Située près
de Bure, sur le tracé de la voie ferrée par laquelle transiteraient les
convois de déchets nucléaires, l’ancienne Gare de Luméville est un lieu
emblématique de la lutte contre Cigéo. Rachetée par des militant·es
dans les années 2000, elle a récemment subi une procédure d’expropriation,
et est menacée d’expulsion depuis le 11 octobre 2025. Rencontre avec
Camille et Clara pour comprendre comment s’organise l’occupation de la
Gare.
Depuis cet été, il y a eu la Manif du Futur, et le camp Septembre Infini pour préparer son occupation.
Une audience aura lieu le 17 décembre pour fixer le calendrier de la
procédure d’expulsion. Comment vivez-vous cette occupation ?
Clara : L’audience devait se tenir le 5 novembre, on
avait peur de l’expulsion chaque matin. Avec son report le sentiment
d’urgence est retombé. C’est un lieu qui reste précaire, on attend
l’audience de décembre qui risque de rendre le lieu expulsable. Ça
impliquera une intervention des flics pour nous virer d’ici.
Vous produisez des vidéos humoristiques ou radicales sur
ce qui s’y passe, qu’est-ce que vous avez eu envie de montrer de la vie
de la Gare ?
Camille : Ça permet d’apporter un peu de légèreté à
ce qu’on vit, de faire des trucs drôles et ironiques, dans un contexte
répressif pesant.
Clara : D’autres vidéos sont à venir !
La répression policière en local s’intensifie, comment ce qui se passe à la gare influe sur le reste de la lutte à Bure ?
Camille : À la Gare, en septembre dernier, on
ressentait de la surveillance et ça s’est accentué autour de la Manif du
Futur. Sur les autres lieux, comme d’habitude, il y a des patrouilles
de keufs qui passent régulièrement.
Clara : Les compagnies de gendarmes changent tous
les mois ou toutes les deux semaines. Elles ont des types de répressions
différentes : parfois ça va être plus ’calme’, d’autres fois
l’occupation du terrain va être plus violente, avec du harcèlement
policier, des provocations très fortes, des vols de matériels, de la violence physique et des arrestations abusives.
Comment vous envisagez les mois qui viennent ?
Clara : Il a plein de choses qui se déroulent en ce moment : les opérations DR0,
les forages et travaux sur la voie ferrée, le défrichage du
Bois-Lejuc... Perdre la gare ce serait perdre un lieu d’occupation,
d’émancipation, un lieu de vie, un lieu où des gens se sentent mieux que
dans les espaces habituels de la société, avec beaucoup de bons
souvenirs. C’est une partie de ma vie, la Gare.
Camille : C’est aussi la perte d’un symbole de la lutte.
Vous êtes en lien avec d’autres luttes ou zones occupées ?
Clara : C’est une lutte antinuke ici, mais d’autres
personnes portent des luttes diverses, d’émancipation. Récemment on
s’est rapproché·es de luttes anti-technologies, antispécistes. Il y a
des gens investis dans la lutte contre l’A69. Des personnes qui
s’étaient mobilisées le 10 septembre. Des luttes sur les frontières, en
soutien aux personnes sans-papiers. On a aussi quelques liens avec des
collectifs antifa, comme avec le rassemblement à Bar-le-Duc contre un lieu néonazi.
Camille : Et puis il y a des gens d’autres pays, notamment de Suisse et d’Allemagne.
Un mot à ajouter ?
Camille : Venez occuper la gare si elle n’est pas déjà expulsée !
Clara : Venez réoccuper la gare si elle a déjà été expulsée !