Morel 03 avril 2026
Chroniques de la Bastide de Sérou et du reste du monde
La campagne de recrutement pour le nouveau service militaire volontaire est lancée. La ministre des armées, Catherine Vautrin, accompagnée des chefs d’état-major, a tenu une conférence de presse pour détailler les modalités de participation au nouveau service militaire national pour mieux préparer sa retraite.
Funeste entreprise que d’apprendre aux jeunes à manier les armes. Dans cette chronique, Laure Noualhat plaide pour un service « militerre » : face au chaos, mieux vaut pousser une « génération low-tech, poétique et désobéissante ».
Laure Noualhat est journaliste et collabore régulièrement avec Reporterre. Elle est l’autrice de plusieurs livres dont Bifurquer par temps incertains (éd. Tana, 2023) et Le nucléaire va ruiner la France (éd. Seuil/Reporterre, 2025).
Tu n’aimes pas le futur nouveau service militaire ? Moi je propose qu’on phosphore sur un « service militerre », un rite de passage qui ne glorifie pas la conquête, mais la cohabitation intelligente avec le vivant et qui cherche à armer les générations qui vivront dans le chaos à venir avec un peu d’aplomb.
Une certaine jeunesse ne veut plus servir un modèle qui s’effondre, ni aligner sa respiration sur celles des tambours militaires, mais sur le cycle des saisons et le bruit du vent dans les arbres. Alors pourquoi ne pas travailler à une alternative ? Un « service militerre » où pendant six mois, garçons, filles — et tous ceux qui ne rentrent pas dans ces cases ! — apprendraient à distinguer une terre fertile d’une terre stérilisée par les engrais chimiques, à cultiver ce qu’ils mangeraient vraiment, à réparer au lieu de remplacer, à survivre plusieurs nuits dehors, sans wifi ni panique, à coder en open-source parce que la liberté numérique commence par la transparence, à crocheter une serrure pour comprendre ce que le mot « accès » veut dire, et à tirer à l’arc — non pour blesser, mais pour retrouver l’alignement entre le corps, l’intuition et le monde.
Il n’y aurait pas de casernes (d’ailleurs nombre d’entre elles ont été transformées en écoquartiers depuis la RGPP de 2008 [1], ah ah ah !) mais des champs-écoles, des forêts pédagogiques, des ateliers de mécanique, des hangars coopératifs d’outils.
On y cultiverait aussi des choses qu’on ne sait plus nommer dans les politiques publiques : la lenteur, la débrouille, la responsabilité partagée, la fragilité assumée, la codécision. Face à la montée des crises — eau, énergie, climat, sol — est-ce que la compétence clef, c’est vraiment de savoir faire un salut réglementaire devant un drapeau ? Ou de savoir faire tenir debout un potager, un groupe humain et un moteur fatigué ?
Vous me direz : « Ben, tu n’inventes rien, il existe le service civique, un service national non militaire, un engagement citoyen sans armes pour des dizaines de milliers de jeunes. » Certes, mais il vit ses derniers moments. Emmanuel Macron le tient en si belle estime qu’il l’étrangle ! Son enveloppe budgétaire vient d’être réduite de 20 %, soit 114 millions d’euros ! Dans le fameux « en même temps », Macron proclame la renaissance du service militaire. Pfff, quel manque d’imagination tout de même...
Lire aussi : « Macron prépare la militarisation de la société »
Le vrai défi n’est pas militaire. Il est militerrien. Ce siècle a-t-il vraiment besoin d’armées qui protègent ce qui reste du monde ancien, ou de communautés capables de le réinventer ? Pourquoi ne pas fantasmer une génération low-tech, poétique et désobéissante, qui sait lire un paysage, fabriquer des objets, négocier un désaccord, tendre un arc ou une main... Et qui regarde le pouvoir droit dans les yeux en disant : « On ne défendra plus ton monde. On construira le nôtre. »
Ce ne serait pas une armée mais un corps de terriens ingouvernables et responsables — une milice du vivre. Pas pour marcher en rang mais pour habiter la Terre en conscience.
Le service militerre s’afficherait comme une préparation pragmatique et holistique à un monde particulièrement incertain et instable. Parce qu’en vérité, le soldat du futur n’est ni un poitrail musclé, ni un marche-au-pas synchronisé mais un humain informé, doté de jugement, de ressources techniques et émotionnelles. Pourquoi ne pas voir le service militerre comme un creuset d’aptitudes low-tech (bois, terre, moteurs réparables), mid-tech (mécanique, hydraulique, coopératives d’outils), high-tech (cyberdéfense, IA libre, cryptographie, systèmes autonomes) ? »
On me rétorquera : « Enfin, Laure, on n’est pas seuls sur cette planète ! Poutine, Trump, Xi… Tu les as oubliés ?! Le monde est dangereux, il faut s’armer, se défendre, se préparer au combat réel ! » Oui, il y a un réel et des puissances qui testent nos failles. Mais quand on me parle de guerre moderne, je vois des drones autonomes, des campagnes de désinformation, du hacking de satellites, des concentrations de césium dans les sols et des microcharges nucléaires tactiques. À part sur ce dernier point, la guerre a déjà commencé !
« Répondre à leur monde par des uniformes, c’est rater l’époque »
Le plus ironique ? Ceux qui réclament une jeunesse « prête à se battre » font mine d’ignorer que le combat est déjà là — dans le front invisible de l’attention, de l’information, des bases de données, de la stabilité du réseau électrique et, bien sûr et de plus longue date, dans la destruction concertée de nos écosystèmes. Même l’un des papas d’Internet, Vinton Cerf, préconise un programme citoyen pour armer des générations d’e-troupes ! « Pour ne pas être dépassés par les menaces numériques, il faut entretenir cette immunité — pourquoi pas dès la jeunesse, dans un programme citoyen. »
Oui, la menace est réelle.
Oui, Poutine existe. Trump existe. Xi existe.
Mais répondre à leur monde par des uniformes et le maniement des armes, c’est rater l’époque (ou reproduire l’ancienne !). Il faut leur opposer une génération capable d’habiter le réel, avec un pied dans l’humus et un pied dans le code. Une génération qui manie à la fois le tournevis et le pare-feu informatique, la bêche et l’algorithme, la flèche et la fibre optique.
Et surtout : une génération qui pense. Parce qu’aucun missile n’est plus dangereux qu’un peuple qui ne réfléchit plus.
Nous vous parlions il y a quelques mois du projet brillant du gouvernement de financer le programme EPR2 grâce à l’épargne des français placée sur des livrets A,
en majorité à la Caisse des dépôts et des consignations. Ce projet,
dans les tuyaux depuis déjà quelques années, semblait avancer à
l’automne 2025 avec l’accord de la CDC.
Dans une mise en scène jupitérienne qui le caractérise, le président a
annoncé la concrétisation de cette idée jeudi depuis Penly.
Rappelons que l’épargne placée sur des livrets A est censée financer des projets d’intérêt public : construction de logements sociaux, d’écoles, rénovations thermiques de bâtiments publics... Personne n’a mis son argent sur un livret A en pensant qu’il allait financer les usines de production d’électricité les plus dangereuses et les moins démocratiques du territoire.
L’annonce du président a lieu le lendemain de la publication du rapport de Greenpeace qui analyse les coûts du nouveau nucléaire français, l’ONG internationale chiffre la relance du nucléaire de 380 à 650 milliards d’euros, une bombe budgétaire qui ne pourrait même pas être couverte si tous les fonds de tous les livrets A (environ 400 milliards d’euros) étaient alloués au financement du nouveau nucléaire. Emmanuel Macron ne nous fera pas oublier la folie budgétaire que représente ce programme de relance du nucléaire. D’autant plus que l’avant veille du conseil de politique nucléaire du 12 mars avait lieu le World Nuclear Summit durant lequel notre président s’est plaint du manque d’intérêt des investisseurs et prêteurs pour le nucléaire. Pas de soucis quand on dirige le pays comme il le fait : l’État nucléaire réquisitionne l’épargne populaire !
Nous vous appelions en 2023 à déclarer combien vous êtes prêts et prêtes à retirer de votre livret A si le gouvernement menait à bien ce projet. Aujourd’hui après cet énième signe que ce gouvernement agit en faisant fi de toute notion de démocratie et de bon sens nous vous invitons à retirer vos fonds de votre livret A. Il existe aujourd’hui des façons d’investir votre argent sans qu’il ne finance ni des énergies fossiles ni les ambitions nucléaristes de notre président.

Située près de Bure, sur le tracé de la voie ferrée par laquelle transiteraient les convois de déchets nucléaires, l’ancienne Gare de Luméville est un lieu emblématique de la lutte contre Cigéo. Rachetée par des militant·es dans les années 2000, elle a récemment subi une procédure d’expropriation, et est menacée d’expulsion depuis le 11 octobre 2025. Rencontre avec Camille et Clara pour comprendre comment s’organise l’occupation de la Gare.
Depuis cet été, il y a eu la Manif du Futur, et le camp Septembre Infini pour préparer son occupation. Une audience aura lieu le 17 décembre pour fixer le calendrier de la procédure d’expulsion. Comment vivez-vous cette occupation ?
Clara : L’audience devait se tenir le 5 novembre, on avait peur de l’expulsion chaque matin. Avec son report le sentiment d’urgence est retombé. C’est un lieu qui reste précaire, on attend l’audience de décembre qui risque de rendre le lieu expulsable. Ça impliquera une intervention des flics pour nous virer d’ici.
Vous produisez des vidéos humoristiques ou radicales sur ce qui s’y passe, qu’est-ce que vous avez eu envie de montrer de la vie de la Gare ?
Camille : Ça permet d’apporter un peu de légèreté à ce qu’on vit, de faire des trucs drôles et ironiques, dans un contexte répressif pesant.
Clara : D’autres vidéos sont à venir !
La répression policière en local s’intensifie, comment ce qui se passe à la gare influe sur le reste de la lutte à Bure ?
Camille : À la Gare, en septembre dernier, on ressentait de la surveillance et ça s’est accentué autour de la Manif du Futur. Sur les autres lieux, comme d’habitude, il y a des patrouilles de keufs qui passent régulièrement.
Clara : Les compagnies de gendarmes changent tous les mois ou toutes les deux semaines. Elles ont des types de répressions différentes : parfois ça va être plus ’calme’, d’autres fois l’occupation du terrain va être plus violente, avec du harcèlement policier, des provocations très fortes, des vols de matériels, de la violence physique et des arrestations abusives.
Comment vous envisagez les mois qui viennent ?
Clara : Il a plein de choses qui se déroulent en ce moment : les opérations DR0, les forages et travaux sur la voie ferrée, le défrichage du Bois-Lejuc... Perdre la gare ce serait perdre un lieu d’occupation, d’émancipation, un lieu de vie, un lieu où des gens se sentent mieux que dans les espaces habituels de la société, avec beaucoup de bons souvenirs. C’est une partie de ma vie, la Gare.
Camille : C’est aussi la perte d’un symbole de la lutte.
Vous êtes en lien avec d’autres luttes ou zones occupées ?
Clara : C’est une lutte antinuke ici, mais d’autres personnes portent des luttes diverses, d’émancipation. Récemment on s’est rapproché·es de luttes anti-technologies, antispécistes. Il y a des gens investis dans la lutte contre l’A69. Des personnes qui s’étaient mobilisées le 10 septembre. Des luttes sur les frontières, en soutien aux personnes sans-papiers. On a aussi quelques liens avec des collectifs antifa, comme avec le rassemblement à Bar-le-Duc contre un lieu néonazi.
Camille : Et puis il y a des gens d’autres pays, notamment de Suisse et d’Allemagne.
Un mot à ajouter ?
Camille : Venez occuper la gare si elle n’est pas déjà expulsée !
Clara : Venez réoccuper la gare si elle a déjà été expulsée !
Pour soutenir la gare à distance :
▸ bureburebure.info/comment-soutenir-la-gare-a-distance/
▸ bureburebure.info/nous-soutenir/
Propos recueillis par Garance Dupouy Bossu et Mathilde Damecour
JUBILATOIRE !
(BÃHUBALI) Réalisé par S.S. RAJAMOULI - Inde 2017 3h45mn VOSTF - avec Prabhas Raju Uppalapati, Rana Daggubati, Anushka Shetty... Écrit par S.S. Rajamouli et K.V. Vijayendra Prasad. Photo de Shenthil Kumar - Musique de M.M. Keervani - Version director’s cut 2025, copie restaurée.
S.S.
Rajamouli : c’est le nom qui affole la planète cinéma depuis quelques
années. Le réformateur d’un cinéma indien dont l’occident ne perçoit
alors – en ricanant – que les formes bollywoodiennes nappées de danse et
de mélodrame sirupeux. Au sein de Tollywood, l’industrie du cinéma
télougou (basée à Hyderabad, ville de 7 millions d’âmes de l’état du
Telangana, dans le Sud de l’Inde), le diable d’homme assène en 2015 ce
monumental Baahubali, qu’il conclut deux ans plus tard. L’onde
se propage à l’échelle mondiale : il se passe quelque chose d’énorme
dans le cinéma indien ! Son film suivant, RRR, met tout le
monde à genoux et S.S. Rajamouli combat désormais dans la division de
James Cameron ou Peter Jackson. Une mise en scène qui carbure à
l’inventivité constante, une déferlante d’idées visuelles assénée avec
un enthousiasme communicatif, le cinéma de S.S. Rajamouli redonne au
spectateur la notion de spectacle total. L’émerveillement que l’on a pu
ressentir enfant face à nos premiers chocs cinématographiques renaît.
Une croyance sincère en un grand cinéma populaire, lavé du cynisme qui
gangrène le cinéma hollywoodien.
Dix ans après son accueil triomphal, il est enfin possible de voir Baahubali sur grand écran en France dans cette nouvelle version remontée par S.S. Rajamouli : L’épopée.
Épique et démesurée, cette spectaculaire tornade sensorielle nous
abreuve de combats d’une somptueuse sauvagerie et de chorégraphies à la
précision hypnotique. Le scénario met les plus grands mythes de
l’Antiquité dans le shaker : textes sacrés de la tradition indienne,
Romulus et Rémus ou Abel et Caïn, Moïse, la guerre de Troie ou Ulysse.
Sauvé des eaux à la naissance, Shiva développe force et courage. Adulte,
il découvre au sommet d’un monde inconnu Avanthika, une guerrière
rebelle de l’empire de Mahishmati. Fasciné par la détermination de la
jeune femme, Shiva décide de lui venir en aide, ignorant encore ses
propres liens avec ce royaume dont il est en réalité le prince
héritier : Baahubali…
Honneur, trahison, malédiction, ivresse du pouvoir et complots : les
situations pourraient renvoyer à Shakespeare, mais leur traitement
visuel inédit, à mi-chemin entre Mad Max fury road et Le Seigneur des anneaux, affiche une extravagance contemporaine résolument jubilatoire.
S.S. Rajamouli : « Pour célébrer ce dixième anniversaire, j’ai réuni ces deux œuvres en une nouvelle version unique, La Légende de Baahubali, l’épopée,
où les deux films s’entrelacent en un seul, pour une expérience aussi
complète et immersive que possible. C’est cette version que je souhaite
que le public découvre aujourd’hui en salles : le mythe de Baahubali
dans toute son unité. Nombre d’entre vous n’avaient pu le voir sur grand
écran à sa sortie. Ils le peuvent à présent. Je vous souhaite donc à
tous la bienvenue – ou un heureux retour – au royaume de Mahishmati. »
Que la fête commence !
Article du cinéma l'Utopia Toulouse
C'est en prenant la rue des ... Grands Ducs que nous sommes parvenus au site où de nombreux photographes se réunissent chaque jour .
Personnellement ce sont 2 jeunes qui sont venus nous saluer au coucher du soleil.
Pour en savoir plus cet article de la Gazette Ariégeoise et cette vidéo de l'ANA CEN.