LA LETTRE du CHABOT
_______________________ mai 2024
Le mot du Président :
Bonjour à toutes et tous,
Je veux tout d’abord remercier ici toutes celles et ceux qui rendent notre
action possible : Nos partenaires de luttes et d’échanges comme France
Nature Environnement, le Comité Écologique Ariégeois, APROVA,
Loubens air pur, SMS, la Confédération paysanne, des collectifs locaux,
indispensables aux luttes d’aujourd’hui : les Faucheurs Volontaires, Stop
Gravières, XR, le CLAC, mais surtout vous, adhérentes et adhérents, et en
particulier la dizaine d’entre nous qui bosse au quotidien pourque ça marche.
Ma tâche avec ce bilan moral est de vous montrer comment nous avons
agi cette année, conformément à nos statuts et aux demandes de l’AG
2023.
Comme les autres années, j’articule mon propos en deux parties : notre action locale puis une mise en perspective au niveau national.
Les militants et militantes qui vont vous présenter notre rapport d’activité de l’année passée ont la part belle : actions, réunions, manifestations, formation ! Mais pour ma part, le regard lucide qu’il faut porter sur une année de vie d’une APNE ariégeoise me noue un peu l’estomac …
Le dérèglement climatique rend les questions autour de l’eau douce de plus en plus prégnantes et selon moi, notre voisinage direct avec la zone méditerranéenne et l’Espagne est une menace sérieuse. Le refus de l’agro-industrie ariégeoise de se réformer résolument prépare des conflits à venir et un sera un danger pour la vie des cours d’eau.
Nous avons maintenu - et amplifié - les relations avec les autorités et notre présence dans les commissions administratives. En tant qu’APNE, nous y avons des sièges de droit ou nous y avons été invité. Les débats y sont souvent frustrants car nous y sommes minoritaires mais nous tenons à faire entendre la voix des citoyennes et citoyens et des milieux aquatiques.
Nous avons tenté tant bien que mal de repérer et de participer à une bonne demi-douzaine
d’enquêtes publiques.
Nous vous appelons d’ailleurs parfois à y participer aussi ;
Notre présence hebdomadaire sur Radio Transparence a cette année encore été assurée par Serge qui
met ainsi sur les ondes les messages que nous défendons ;
Nous avons vaillamment tenu des stands d’information sur unedouzaine d’événements un peu
partout dans le département ;
Les procédures judiciaires - au moins une vingtaine en cours - prennent toujours trop de place.
Mais nos adversaires qui privilégient le rapport de force au bon sens argumenté, ne nous laissent pas le choix.
Même lorsque c’est le procureur de Toulouse qui se pourvoit en cassation, considérant infondée la relaxe totale des meneurs des agressions du 5 mai 2018, nous sommes taxés d’acharnement…
Nous nous sommes impliqués dans le projet de ré-introduction d’une espèce - Castor Fiber - disparue d’Ariège il y a longtemps, et dont le mode de vie ferait un merveilleux partenaire pour la vie de nos cours d’eau. Malheureusement, la vision assez étroite de la quasi totalité des acteurs institutionnels du département ralentit le projet ;
Nous avons eu de nombreuses interventions en milieu scolaire ou au bord des tourbières et donné notre
formation annuelle sur le fonctionnement des cours d’eau ;
Enfin, le programme d’observation SCCE a accomplie sa 1ère année mais Serge y reviendra.
Ça, c’était le local.
Maintenant, le global.
C’est un peu curieux : La science s’exprime sans ambiguïté sur les causes et les remèdes de ce que nous avons provoqué ;
Le climat et la météo nous montrent clairement qu’il faut agir;
La nature qui s’assèche, qui se noie, qui fond, qui disparaît, qui brûle, qui est empoisonnée ou polluée, nous avertit que nous préparons nous-mêmes notre exclusion.
Mais non : le court-termisme de l’industrie et de nos dirigeants continue à être le vecteur et la protection de la nature la variable.
Au nom de la paix sociale, l’agriculture productiviste se voit dérouler le tapis rouge et des
citoyennes et citoyens résistants à des projets imbéciles sont moqués, inculpés, gazés et affamés.
Je le disais : faute de négociation, la justice et le droit restent nos meilleurs outils. Pourtant, notre avocate Alice Terrasse a fait le 8 mars dernier, un constat désabusé dans le magazine en ligne «Reporterre» (https://reporterre.net/A69-C-est-lastrategie-du-passage-en-force).
Alice est aussi l’avocate des opposants à l’autoroute A69. Elle a déposé un «référé conservatoire» au TA de Toulouse afin que la réglementation soit respectée au bénéfice de la forêt de la Crémade, en cours de destruction.
Le juge a rejeté cette requête car «il estime que les enjeux ont évolués».
Mais je cite Alice : «Il n’y a rien dans l’autorisation environnementale qui permet de déclasser la sensibilité écologique d’une zone. Il n’y a pas de possibilité juridique (...) de remettre cela en question.»
«C’est un signal très négatif qui signifie qu’on peut s’asseoir sur les prescriptions d’une autorité environnementale.
Voilà comment le droit de l’environnement est traité aujourd’hui en France.»
Et elle conclue : «Je le dis avec force, notre État de droit n’est pas respecté par ceux qui sont censés le faire respecter. Je ne comprends pas que des intérêts politiques et financiers surpassent l’intérêt général qui est la défense de l’environnement. C’est incompréhensible et donne le signal fort et triste que notre démocratie est en souffrance.»
Et moi, je conclue : Un pays qui choisi en 2024 d’imposer une autoroute inutile, ou un golf dans le département le plus aride de France, se prépare un triste futur.
Nous restons indispensables, chers ami
Jérôme Brosseron